Jour 20 : lundi 25 juillet
Etape: Chefchaouen Rif Al Hoceima
km ↦ : 5985 km⇥ : 6280 km ↔ : 295 km
Cette fois, on sent que la boucle du « Maroc Ceramic Tour » se referme. Mais, il reste des objectifs
primordiaux, notamment sur nos projets de tourisme responsable. Et nous avons de nouvelles pistes pour aborder une dernière fois le Rif, avec optimisme. Des pistes et un rendez-vous à un ancien
poste des douanes au lieu-dit « Souk Al Had » avec Ahmed, fils de potière traditionnelle. Nous ne sommes pas très loin de Chaouen, mais à vol d'oiseaux... Car la route est toujours
aussi sinueuse et montagneuse. De nouvelles vues panoramiques, et un chauffeur détendu (le kif... ou alors?) qui laisse le photographe amateur s'en donner à cœur joie. Au fond des canyons,
quelques habitations au bord de l'oued, une barque, des plantations, de la végétation luxuriante. Autour de nous, un paysage plus rustre, déjà brûlé par l'altitude et la chaleur. Quels
contrastes!
Les sommets des collines avoisinantes semblent désertiques mais ce n'est qu'une illusion.
Arrivés au douar d'Ahmed, notre guide nous propose une balade jusqu'au sommet afin d'avoir une vue unique sur la
vallée voisine. Laissant la 4x4 près de la maison familiale, nous grimpons à pied la colline escarpée sous un soleil de plomb. Heureusement, Ahmed a prévu un mignon chapeau de paille pour nous
protéger des rayons. A vrai dire, nous grimpons dans un champ de blés coupés où seules restent les petits bouts des tiges de couleur paille. Sur ce sol rougeâtre, de loin nous avions l'impression
d'un sol brûlé, mais c'est loin d'être le cas. Des vignes, des oliviers, des figuiers, des tomates, des légumes poussent dans ce coin perdu où l'électricité n'arrive toujours pas. Plus
invraisemblable encore, alors que nous sommes quasi au sommet de la montagne, un puits creusé apporte l'eau en suffisance. Mais elle vient d'où, cette eau? Ahmed nous explique qu'ils vivent en
autarcie avec les quelques villages voisins où le troc permet d'échanger les besoins essentiels.
Après cette balade, nous dégustons un repas que nous envions par la qualité des aliments. Olives, tomates, salades en entrée; tajine de marinade de poulet « bio » aux pois et
carottes, avec de délicieuses pommes de terres goûteuses. La chambre est prête pour le soir pour nous héberger. Le sens se l'accueil marocain se confirme, si besoin en était encore.
Malgré la chaleur de l'après-midi, et l'heure de la sieste, la potière nous montre son métier difficile. Elle concasse un mélange de terres locales afin d'obtenir une bonne argile,
plastique et résistante. Après avoir tamisé les poudres obtenues et éliminé les petits cailloux et déchets, elle mélange l'argile à l'eau pour obtenir une juste quantité de pâte brunâtre prête à
être façonnée.
Elle nous invite dans la maison où la petite pièce, qui sert d'espace d'exposition et de stockage se transforme en atelier rudimentaire. Parce Madame façonne la poterie à même le sol, le
dos appuyé contre le mur, les jambes écartées, un genou replié.
La chaleur est intense, elle retire son chapeau tandis que nous sentons perler quelques gouttes de transpiration sur le front et dans le dos. Nous ne voulons rien perdre de cette
démonstration, les appareils de prise de vue sont parés.
Le façonnage prend forme à partir d'une boulette d'argile aplatie qui sert de fond au pichet. Les colombins sont
superposés calmement, sans geste brusque, presque dans le masse. La panse élargit, le col referme, le cruchon prend forme. La température monte, la sueur coule littéralement sur les visages, il
faut s'éponger, on se sourit, on se comprend, on est dans le respect et la passion.
Le pichet est terminé, simple et naturel. Beau. Dans le regard de cette dame âgée, fatiguée, on lit de le fierté. Nous aussi nous sommes fiers d'avoir grimpé dans ce lieu et espérons aussi
défendre les mêmes valeurs qu'elle défend depuis tant d'année. Ce maintien des traditions de la poterie féminine du Rif. Ce maintien d'un métier, difficile, sale, si peu rentable mais qui
transforme quelques grains de terre en un objet créatif qui accompagne l'être humain, dans ses plaisirs et rites tout au long de la vie.
Le décor est réalisé à l'extérieur, à l'ombre, un très léger vent soulageant l'atmosphère. Quelques roches de la
région sont broyées pour les couleurs, noires et rouges. On les mélange à l'eau et à l'aide de quelques cheveux emprisonnés dans un galet d'argile, la potière trace les lignes du décor
géométrique, toujours aussi calme et concentrée.
Félicitation Madame, permettez-nous de faire un portrait de vous?
De la potière, de l'artiste, de la femme, de la mère, de la grand-mère, de la paysanne?
Quelle heure est-il? Que faisons-nous? On reste ou on continue la route endiablée?
L'heure avance, la prochaine étape est longue, le chemin difficile. Inch Allah, nous irons à Al Hoceima.
Que dire de la route sans se répéter? En bord de mer, pas encore d'autoroute côtière qui relie les grandes villes du
Nord. Elle se construit, c'est pour bientôt « Tanger-Alger ». Mais en attendant la montagne et ses petits villages lents à traverser. Le soir, la vie s'exprime dans ces lieux traits
d'union qui rassemble la jeunesse, les commerçants, les voyageurs.
On nous siffle, on nous fait signe, on court parfois vers nous pour nous proposer le cannabis local. Le climat
s'assombrit en même temps que la route. Il nous tarde d'arriver.
Pas de possibilités de réserver un hôtel par téléphone. Tout est complet. Nous comprendrons le lendemain
pourquoi.
Arrivé vers minuit à Al Hoceima, c'est la fête: podium et musique. La ville chante. C'est une station balnéaire de
vacances. On l'imagine enfin. Pas d'hôtel disponibles. Nous nous dirigeons vers la mer où la friture de poisson est encore servie au Club Nautique du port de pèche. On y parle toutes les langues,
enfin on y rentre de toute l'Europe, au Pays, au Maroc et on se précipite sur les calamars frits.
On trouvera une 'chambre' tard dans la nuit, fatigués mais repus.